
MuMo - Centre Pompidou
Le camion musée MuMo - Centre Pompidou parcourt les routes de France depuis 2022 pour aller à la rencontre de tous les habitants avec des œuvres d’art moderne et d’art contemporain du Centre Pompidou.


Exposition ‘‘Pompidou Circus'' en Provence - Alpes Côte d'Azur
Une exposition imaginée par Anne Lemonnier; attachée de conservation, Collections modernes, Centre - Pompidou - Musée national d'art moderne.
« Musée mobile, exposition itinérante » : comment ne pas songer aux artistes ambulants, forains et circassiens ? Toujours reprendre la route, établir un campement pour quelques jours à peine : le cirque choisit l’éphémère comme mode de vie et l’infini comme horizon. Quant au public, par la grâce d’un spectacle de fortune, il laisse dériver ses pensées ; il abandonne ses postures, ses certitudes et ses discours au vestiaire. Ce qui se joue sur la piste l’emmène ailleurs. Au pays de l’étrangeté et de l’enfance, du rire et des rêves. Ailleurs entre le réel et l’illusion, entre l’évidence et la fantasmagorie.
Le monde du cirque et celui de l’avant-garde artistique de Montmartre, dans les années 1900, sont étroitement liés. Le cirque Medrano dresse son chapiteau au pied de la butte, et nombreux sont les peintres qui le fréquentent. Mais plutôt que les feux de la piste, c’est l’envers du décor qu’ils retranscrivent : la pauvreté, la solitude, l’errance. Ils se placent ainsi dans une lignée poétique, celle de Charles Baudelaire, dont l’écriture est habitée par les figures du vagabond et du saltimbanque, ceux qu’il nomme « La tribu prophétique aux prunelles ardentes » (« Bohémiens en voyage », Les Fleurs du mal). Guillaume Apollinaire développe cette veine mélancolique à sa suite, avec ses arlequins « frôlé[s] par les ombres des morts », passeurs vers l’audelà (« Crépuscule », Alcools). Personnage marginal par définition, entre sublime et grotesque, enchanteur et bouffon, le clown est souvent perçu par les artistes comme un alter ego.
« Le choix de l’image du clown n’est pas seulement l’élection d’un motif pictural ou poétique, mais une façon détournée et parodique de poser la question de l’art. […]. La critique de l’honorabilité rangée s’y double d’une autocritique dirigée contre la vocation esthétique elle-même. Nous devons y reconnaître l’une des composantes caractéristiques de la ‘modernité’, depuis un peu plus d’une centaine d’années. »
Jean Starobinski, Portrait de l’artiste en saltimbanque (1970)
Aux côtés du clown, entrent sur la piste un dresseur de fauves, un avaleur de sabres, un prestidigitateur, des écuyères et des jongleurs… Parmi ce cortège de personnages hauts en couleurs, l’acrobate est un sujet privilégié. Que les artistes travaillent en gouaches découpées, comme Henri Matisse, ou bien qu’ils peignent d’un geste vif, comme Raoul Dufy, il s’agit pour eux de transcrire l’énergie, la souplesse, la virtuosité des corps déployés dans l’espace. Dans ces œuvres, les formes se nouent et se dénouent, s’engendrent et se métamorphosent. Et dans les affiches sur fond noir de Roman Cieslewicz, les acrobates, lancés dans l’espace, captés par un rai de lumière, deviennent de purs signes graphiques, fulgurants dans l’obscurité.
« Mais, dis-moi donc, qui sont ces errants, un peu plus fugitifs encore que nous-mêmes ? Pour l’amour de qui une volonté jamais assouvie les pousse et les presse de bonne heure ? Elle les essore, les tord, les enlace et les lance, les jette et les rattrape. Et ils retombent d’un air huilé et plus lisse sur le tapis râpé par leur saut infini, tapis perdu dans l’univers […]. Ah, et autour de ce centre, la rose du regard fleurit et s’effeuille. »
Rainer Maria Rilke, La Cinquième élégie de Duino (1922)
Anne Lemonnier, attachée de conservation, Collections modernes, Centre Pompidou – Musée national d'art moderne
Découvrez l'ensemble des œuvres présentées via le livret de l'exposition !
Photos
Itinéraire
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Les ressources
Présentation du camion-musée

Cette collaboration laisse toute leur place aux oeuvres exposées. Le camion a été imaginé comme un outil multifonctionnel, simple et adaptable à différents usages autour de trois espaces : la loggia, la salle d’exposition et l’alcôve. La loggia s’ouvre vers l’extérieur comme une scène de théâtre pour accueillir le public. La salle d’exposition est le coeur du dispositif, un espace épuré dans lequel les éléments techniques sont cachés afin d’éviter les perturbations visuelles face aux oeuvres. L’alcôve est l’espace surélevé en prolongement de la salle d’exposition, il peut être une salle de projection avec assises, accueillir des sculptures ou être une oeuvre en soi, imaginée par Krijn de Koning.



Interview des designers
Comment avez-vous abordé ce projet de camion-musée pour le Centre Pompidou ?
Isabel Hérault : Nous avons abordé ce projet selon deux axes, le premier concernait ses aspects techniques : nous avons envisagé toutes les possibilités offertes par le camion, ce qui nous a conduit à étudier le fonctionnement de différents types de camions existants (pompiers, tour de France, etc.), puis nous sommes allés chez le constructeur avec lequel nous avons beaucoup échangé.
Le second axe concernait les fonctionnalités d'un camion-musée : comment réussir à en faire un « vrai » musée en dépit d'une surface réduite, tout en prenant en compte les spécificités de l'offre du Centre Pompidou depuis ses origines, notamment sa pluridisciplinarité ? Nous souhaitions que l'espace d'accrochage du camion s'approche au plus près des caractéristiques de l'espace muséal afin de présenter les œuvres dans des conditions optimales : la salle d’exposition est blanche et épurée, les éléments techniques sont cachés et les œuvres sont accrochées sur les parois sans dispositif apparent. La technique s’efface au profit des œuvres.
Partant du fait que le Centre Pompidou est bien plus qu'un lieu d'exposition, nous voulions aussi restituer à petite échelle un dispositif permettant d'organiser performances, concerts, projection de films, ateliers pour enfants.
J'aimerais que nous parlions de la loggia qui est un des points forts du projet...
I.H. : La loggia est pensée en priorité comme un lieu d'accueil, un espace tampon qui protège le musée de l'extérieur. (...) Elle évoque un stand de foire revisité, à la fois attractif et joyeux, avec l'enseigne au-dessus et cette couleur rouge qui crée un point focal. Elle est dotée de fonctionnalités très pragmatiques, avec ses vestiaires installés de part et d'autre pour que l'on puisse laisser son manteau. Pour nous, le seul fait de retirer son manteaux avant d'entrer dans la salle d'exposition permet de se rapprocher des conditions d'un musée (du moins en termes de ressenti). L'hiver, cet espace est fermé par un rideau translucide laissant passer la lumière et l'isolant du froid et de l'humidité. La loggia a vocation à servir d'espace de médiation, on peut y organiser des ateliers pour enfants et accrocher leurs travaux. On peut aussi projeter des films depuis la loggia. C'est un espace annexe qui peut proposer toutes les fonctionnalités qui ne sont pas liées à l'exposition.
Vous réalisez ce projet en binôme avec le plasticien Krijn de Koning, comment travaillez-vous ?
I.H. : (...) Cette collaboration avec Krijn de Koning a été définie dès le début du projet : Hérault Arnod travaillait sur la conception générale du camion-musée, Krijn de Koning prenait en charge la couleur du MuMo ainsi que son mobilier. Ce qui correspond à un champ qui est celui de son travail de plasticien dont l'oeuvre aborde la question de la couleur, du volume, de l'interaction avec l'architecture. (...)
Krijn de Koning : Comme le dit Isabel, je me suis concentré sur la couleur, cette dernière étant présente à l'extérieur et à l'intérieur du camion, j'ai également travaillé sur des blocs qui peuvent servir de siège ou de petite table. Ces blocs ont aussi une vocation esthétique lorsqu'ils sont rangés contre le mur de l'alcôve: ils forment une composition colorée et interagissent avec l'environnement du camion.
Vos différents projets traversent une multiplicité de « situations » architecturales à partir desquelles vous intervenez (bâtiments historiques, espaces domestiques, galeries d'art et musées, jardins ), la couleur est souvent partie prenante de cette réflexion, quel rôle joue-t'elle dans les projets, sachant que vous l'avez parfois qualifiée d' outil visuel ?
K.d.K. : Utiliser la couleur permet d'attirer le regard et l'attention sur la réalité qui nous entoure, en cela on peut dire que la couleur constitue un outil visuel. Je trouve toujours fascinant qu'un espace architectural puisse changer radicalement de statut et offrir une perception totalement différente grâce à une fine couche de peinture de couleur.

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